Comprendre la Monnaie : Orthodoxie vs MMT vs Sekimonyo

8/6/20266 min lire

Pour comprendre les différentes conceptions de la souveraineté monétaire et du développement économique, il est utile de comparer trois cadres analytiques distincts : l'Orthodoxie économique (Mainstream), la Théorie Monétaire Moderne (Modern Monetary Theory – MMT) et l'Architecture Monétaire (Monetary Architecture – MA) développée par l'économiste politique Jo M. Sekimonyo. Chacune propose une explication différente de la valeur de la monnaie, du rôle de l'État, des limites de la création monétaire, des causes de l'inflation et des politiques économiques appropriées.

1. L'Orthodoxie économique (Mainstream Economics)

L'orthodoxie économique constitue le paradigme dominant des politiques macroéconomiques contemporaines. Elle considère que les marchés sont généralement les mécanismes les plus efficaces d'allocation des ressources et que la stabilité macroéconomique constitue la condition essentielle d'une croissance durable. Dans cette perspective, la discipline budgétaire, la crédibilité des banques centrales et la maîtrise de l'inflation occupent une place centrale.

Origine de la valeur de la monnaie - La valeur de la monnaie repose principalement sur la confiance des agents économiques, la crédibilité des institutions monétaires, la stabilité macroéconomique et la rareté relative de la monnaie.

Rôle de l'État - L'État est principalement considéré comme un utilisateur de monnaie. Même s'il dispose d'une capacité d'endettement supérieure à celle des agents privés, il doit financer durablement ses dépenses par l'impôt ou par l'emprunt. Son intervention doit demeurer limitée afin de préserver le bon fonctionnement des marchés.

Limites de la création monétaire - Les contraintes sont essentiellement financières. Les déficits budgétaires excessifs et l'accumulation de dette publique risquent d'affaiblir la confiance des marchés, d'accroître les coûts d'emprunt et de compromettre la stabilité macroéconomique.

Cause de l'inflation - L'inflation résulte principalement d'une création monétaire ou d'une demande globale qui augmente plus rapidement que la capacité productive de l'économie.

Le remède - Le contrôle de l'inflation passe principalement par la discipline budgétaire, la réduction des déficits publics et une politique monétaire restrictive menée par une banque centrale indépendante.

2. La Théorie Monétaire Moderne (Modern Monetary Theory – MMT)

La Théorie Monétaire Moderne renverse plusieurs postulats de l'économie orthodoxe. Elle soutient qu'un État souverain qui émet sa propre monnaie ne fait pas face à une contrainte financière comparable à celle des ménages ou des entreprises. Pour la MMT, la monnaie constitue avant tout un instrument public permettant de mobiliser les ressources réelles de l'économie.

Origine de la valeur de la monnaie - La monnaie tire sa valeur du pouvoir juridique et fiscal de l'État. Elle est acceptée parce que les impôts doivent être acquittés dans la monnaie émise par l'autorité publique.

Rôle de l'État - L'État est l'émetteur souverain de sa monnaie. Lorsqu'il émet une devise nationale, que sa dette est libellée dans cette devise et que son taux de change est flottant, il ne peut être contraint au défaut pour des raisons purement financières. Son rôle consiste à utiliser cette capacité monétaire pour soutenir le plein emploi et la demande globale.

Limites de la création monétaire - La contrainte n'est pas financière mais réelle. Les dépenses publiques ne deviennent problématiques que lorsque les capacités productives de l'économie sont pleinement utilisées ou lorsque des goulots d'étranglement apparaissent.

Cause de l'inflation - L'inflation apparaît lorsque les dépenses publiques ou privées dépassent durablement les capacités réelles de production de biens et de services.

Le remède - La fiscalité sert principalement à retirer du pouvoir d'achat lorsque l'économie surchauffe, tandis que les politiques publiques cherchent à accroître les capacités productives des secteurs en tension.

3. L'Architecture Monétaire (Monetary Architecture – MA)

L'Architecture Monétaire développée par Jo M. Sekimonyo propose une critique institutionnelle de l'Orthodoxie comme de la MMT. Elle soutient que les conséquences de la création monétaire ne dépendent ni principalement de sa quantité ni uniquement des ressources réelles disponibles, mais avant tout de l'architecture institutionnelle qui détermine où circule cette monnaie.

La question fondamentale n'est donc pas combien de monnaie est créée, mais comment les institutions orientent les flux monétaires et si ces flux développent réellement les capacités productives nationales. Le Social Contract Ratio (SCR) comme indicateur synthétique de cette capacité institutionnelle

Origine de la valeur de la monnaie - La monnaie conserve durablement sa valeur lorsque le contrat social qui sous-tend son émission demeure crédible. Cette crédibilité dépend non seulement de l'autorité fiscale de l'État, mais également de la capacité des institutions à transformer la création monétaire en développement économique visible, géographiquement diffusé et politiquement légitime.

Rôle de l'État - L'État demeure le principal organisateur du développement économique puisqu'il structure les investissements publics, les infrastructures, les politiques industrielles et les capacités productives. Toutefois, les responsables publics évoluent dans un système d'incitations politiques qui privilégie souvent les gains électoraux ou la survie institutionnelle à court terme. En l'absence de contraintes institutionnelles efficaces, ces incitations peuvent conduire à orienter la création monétaire vers des dépenses politiquement rentables mais économiquement peu productives.

Limites de la création monétaire - La contrainte n'est ni financière ni uniquement réelle, mais institutionnelle. Elle réside dans la capacité de l'Architecture Monétaire (MA) à convertir la création monétaire en un accroissement des capacités productives.

Lorsque les institutions orientent efficacement la création monétaire vers l'investissement productif, l'innovation, les infrastructures, le capital humain et le renforcement des capacités nationales de production, la monnaie génère une Absorption Développementale, c'est-à-dire un accroissement des capacités productives.

À l'inverse, lorsque les institutions orientent principalement la création monétaire vers des usages à faible capacité d'absorption productive, celle-ci produit une Dissipation Structurelle, où la création monétaire ne se traduit pas par une transformation productive de l'économie. Cette dissipation peut prendre différentes formes selon l'Architecture Monétaire.

  • Dans les économies à faible SCR (principalement le Sud global), la création monétaire finance principalement les dépenses courantes de l'État, les rémunérations administratives, les transferts clientélistes ou les appareils sécuritaires, avec une contribution limitée à la transformation productive de l'économie.

  • Dans les économies à SCR élevé mais à architecture financiarisée (principalement les économies avancées), la création monétaire est principalement absorbée par les marchés financiers, les actifs immobiliers, certaines positions monopolistiques ou des dépenses à faible rendement productif, favorisant la valorisation des actifs plutôt que l'investissement dans l'économie réelle.

Cause de l'inflation - L'inflation apparaît lorsque l'Architecture Monétaire oriente durablement la création monétaire vers des circuits institutionnels qui génèrent du pouvoir d'achat sans augmenter simultanément les capacités productives.

L'origine du phénomène est donc principalement institutionnelle.

Le remède - La solution ne consiste ni à limiter systématiquement la création monétaire, comme le propose l'Orthodoxie, ni uniquement à mobiliser davantage les ressources réelles, comme le suggère la MMT. Elle consiste à réformer l'Architecture Monétaire afin d'améliorer sa capacité à convertir la création monétaire en transformation productive de l'économie.

  • Dans les économies à faible SCR, cette réforme peut nécessiter des transformations constitutionnelles et institutionnelles afin d'orienter la création monétaire vers le développement productif.

  • Dans les économies à SCR élevé mais à architecture financiarisée, elle consiste principalement à réorienter les flux monétaires des activités spéculatives vers l'investissement productif, l'innovation, les infrastructures et le capital humain.

La différence fondamentale entre les trois approches

L'Orthodoxie considère que le principal problème réside dans la quantité de monnaie créée.

La MMT considère que la véritable limite est la disponibilité des ressources réelles.

Le MA (Architecture Monétaire) de Sekimonyo soutient que la question décisive est l'architecture institutionnelle qui détermine comment la création monétaire est allouée, transmise, absorbée et convertie en transformation productive de l'économie.

Ainsi, la monnaie ne produit ni inflation ni développement par elle-même. Ses effets sont médiés par l'Architecture Monétaire, qui oriente la création monétaire vers une Absorption Développementale ou une Dissipation Structurelle. Le Social Contract Ratio (SCR) constitue l'indicateur synthétique de cette capacité institutionnelle à convertir la création monétaire en transformation productive, faisant de l'Architecture Monétaire la variable centrale reliant la souveraineté monétaire, l'inflation et le développement économique.

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